Selon une étude menée en août 2019 par le ministère de la Santé, plus de quatre Burundais sur dix, soit plus de 40 % de la population, sont confrontés à des troubles mentaux. Il n’en fallait pas plus pour enflammer la toile.
« Ces chiffres sont en deçà de la réalité. Dans un pays marqué par des crises cycliques à répétition, il n’est pas surprenant que la souffrance intérieure soit à la hauteur des drames que ces crises charrient », souligne Reginas Ndayiragije, psychologue-clinicien burundais exerçant en Belgique.
Les crises politiques successives et les conditions de vie difficiles aggravent la détérioration du bien-être psychique.
Mais oser en parler reste une gageure.
La culture patriarcale burundaise valorise une retenue excessive : souffrir en silence est presque devenu un signe de dignité.
Beaucoup de fidèles en détresse confient leurs angoisses aux religieux – prêtres et pasteurs -, par méfiance envers les psychologues souvent assimilés aux psychiatres, ou par confusion entre santé mentale et paix intérieure.
« La psychologie, une science à part entière »
Quelqu’un a un problème mécanique avec sa voiture et appelle un plombier.
Quelqu’un doit refaire le circuit électrique de sa maison et fait appel à un menuisier.
Quelqu’un souffre d’une rage de dents et consulte un ophtalmologue. Absurde !, direz-vous.
Et pourtant, c’est ce qui arrive chaque jour avec la santé mentale. Or, hormis de rares exceptions, les prêtres et pasteurs ne sont pas formés pour offrir un accompagnement thérapeutique adapté.
« La psychologie est une science à part entière. Les religieux jouent un rôle positif d’écoute, mais ils ne doivent pas se substituer aux psychologues. Une thérapie demande du temps, plusieurs séances, une compréhension fine du fonctionnement psychique. Cela exige des compétences et une pratique professionnelle », rappelle une psychologue exerçant à Bujumbura.
Elle poursuit : « Les troubles mentaux présentent souvent des similarités trompeuses. Sans formation approfondie, il est facile de poser un mauvais diagnostic. Quelqu’un qui n’exerce pas la psychologie ne peut offrir l’aide nécessaire à une personne en souffrance. »
Avoir recours à un psychologue n’est pas un luxe et encore moins un signe de faiblesse. Et dans un pays marqué par des décennies de violences, de deuils et de précarité, c’est sans doute le chaînon manquant pour une véritable guérison collective.
Alphonse Yikeze

